BRIGHT ROOM
« On regarde ça en ayant l'impression de ne pouvoir rien faire, de subir, comme pour la météo ». Benjamin, 27 ans, éducateur sportif en recherche d’emploi, interviewé dans le Nouvel Observateur, janvier 2009.
« Ce qu'il nous faut, c'est une Météorologie de l’Histoire Humaine. Et là, peut-être, on pourrait endurer les changements du climat politique comme on endure les changements du temps, avec sang-froid ». Baz, Bright Room, scène 11.
En 1998 j’ai vu A Bright Room Called Day à New York. C’était la « bulle internet » et notre discours politique se centrait sur les aventures d’une petite stagiaire brune (amatrice, disait-on, de cigares) et sa jolie robe bleue. La pièce m’a beaucoup touchée, pour sa langue décadente, son humour mordant, son univers magique qui bascule entre le fantastique et le banal avec une facilité enivrante.
Il m'a fallu encore trois ans pour comprendre pleinement le texte, c’est-à-dire, comprendre ce que c’est d’avoir des « chauves-souris » dans le ventre, de se sentir « bouleversé », comme dit Agnès, de se sentir « incapable de porter le fardeau de notre époque. »
En tant que New Yorkaise, le 11 septembre a profondément bouleversé mon univers.
Mais la réaction de mon gouvernement était encore plus bouleversante: deux guerres mal-mênées. Un désastre financier. Une oreille sourde à toute question écologique. (A toute question, tout court.)
Je comprenais le désarroi qu’avait dû sentir Tony Kushner face à la réélection de Reagan. C’est justement la réélection de Bush en 2004 qui m’a motivée à quitter mon pays natal pour venir m’installer dans le votre.
Vingt ans plus tard. Le temps d’une génération. « Les Saisons de l’Histoire », indeed.
Bien qu’écrit en 1984, cette piece est donc terriblement actuelle. Une réflexion lucide, acide et drôle qui prend pour métaphore cet entre-deux entre la naissance du nazisme et son accession au pouvoir.
L’enjeu de BRIGHT ROOM repose sur la tension entre le quotidien des personnages et le regard rétrospectif et informé du spectateur (et du personnage de Zillah) sur cette période sombre. Comment peut-on imaginer les conséquences que ses actions (ou inactions) auront sur l’avenir?
Tony Kushner le présente ainsi : « Je me suis concentré sur la dernière étape de l’effondrement de la République de Weimar plutôt que sur les crimes du Troisième Reich. J’ai voulu sauver la pièce d’un désespoir total en montrant une période de choix, où les choses auraient pu tourner différemment si… »
Voilà ce qui m’intéresse le plus dans cette pièce, que le tragique de la situation ne soit pas joué mais induit par la connaissance que le spectateur a de l’issue de cette période. C’est alors facile de se glisser dans la peau des personnages, de se poser la question : Qu’aurais-je fait ? Que fais-je?
2011. La veille des eléctions nationales. Encore une phase de transition politique, économique et sociale. Certains parlent de la fin. Pour ma part, je crois que nous sommes dans « une période de choix » où rien n’est forcément joué malgré les apparences.
Par moments, on se sent incapables de faire face, peut-être. Mais on garde l'espoir. On garde l'espoir.
Hillary Keegin, Paris, 2010.
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